TW : Mentions de violences et de guerre
Chapitre 1 (Session 1 et 2)
J’ai 9 ans. Je suis dans la navette qui me conduit sur Aurelia Secundus. Je la regarde par le hublot. Bleue, verte, un paradis en apparence. Mon oeil augmentique a du mal à s’adapter à la vision de loin. Il me gratte…
A côté de moi, ma tante Drusilla est sur son 31. Elle veut faire bonne impression, alors qu’elle s’apprête à m’abandonner. De toute façon je ne veux pas vivre avec elle. Elle a laissé mes parents mourir. Rien que de me tenir aussi proche d’elle me donne envie de vomir.
Le sol s’approche et nous atterrissons. En sortant, ma tante m’attrape la main mais je la retire sèchement. Elle ne parle pas mais un voile de tristesse passe sur son visage. Ca ne me fait rien du tout.
Nous voila devant le bâtiment qui sera ma maison pour les prochaines années. Un immense complexe à l’architecture raffinée, aux pierres blanches jaunies par le temps et aux toits vert-de-gris. Sur sa façade, une inscription en haut gothique indique « Schola Progenium Sainte-Mira ».
Des dizaines d’enfants en uniformes gris me regardent avec curiosité, certains de mon âge, d’autres plus jeunes ou plus vieux. Des adultes aussi, à l’allure stricte. Un homme à l’allure officielle s’approche de nous. Il semble jeune mais sa tête est chauve. Il porte lui aussi une tenue grise, mais l’étoffe semble riche et il arbore de nombreux bijoux. Il nous salue du signe de l’Aquilla. Je lui répond de la même manière. Il m’adresse un sourire.
« Nova Castella Solovayne. » Ce n’est pas une question. « Bienvenue dans notre modeste schola. Je suis le procurator Harkon, l’intendant de cette école. » Il se tourne vers ma tante. « Dame Solovayne, vous avez fait le bon choix en nous confiant votre pupille. Ici, les progenas sont promis à un grand avenir. »
Ma tante et lui se mettent à parler de choses administratives mais je n’écoute plus. Je regarde les autres enfants. Une fille de mon âge s’approche de moi avec vivacité, mais ses mouvements sont gracieux. Sa peau est d’une teinte caramel et ses cheveux noirs ont des reflets bleutés.
« Tu es la nouvelle ? Nova, c’est ça ? Viens, je vais te faire visiter ! »
Elle m’attrape par le bras. Je suis un peu décontenancée par ce manque de retenue.
« Progena Vaelis ! » la réprimande le procurator. « Je dois d’abord emmener notre nouvelle recrue rencontrer la magistra. Vous aurez tout le temps de faire connaissance plus tard. »
La fille, Vaelis, me lâche d’un air déçu. Mais je suis soulagée. Je n’apprécie pas trop qu’on me saute dessus à peine arrivée.
Le procurator nous fait signe de le suivre. Nous traversons l’immense cour puis entrons dans le bâtiment principal. Malgré l’énergie de Vaelis, il règne une ambiance austère. Les murs sont ornés de symboles religieux et de statuettes de saints, éclairés par des bougies. Des progenas en uniforme gris saluent respectueusement le procurator.
Après avoir traversé un labyrinthe de couloirs et d’escaliers, il toque à une porte en bois ouvragé et nous fait entrer. Une femme est présente derrière un bureau de bois massif, chargé de dossiers parfaitement alignés. D’un certain âge, le chignon grisonnant, son visage aux traits durs est marqué de quelques cicatrices. Je reconnais sur sa robe les insignes de l’Adepta Sororitas et de l’Ordo Famulous. Une soeur Famulous ! Je me sens soudainement très intimidée…
Elle relève le nez du fichier qu’elle était en train de lire et signifie d’une signe de tête au procurator de sortir. Elle se lève.
« Dame Solovayne, c’est un honneur. Installez-vous. »
Nous nous asseyons.
« Magistra, je vous remercie de recevoir Nova en cours d’année, » dit ma tante. « Je sais que c’est inhabituel. Croyez bien que je saurai m’en souvenir lors de mon don annuel. »
Un léger spasme agita l’oeil droit de la magistra.
Visiblement elle n’apprécie pas ces tentatives d’acheter un traitement de faveur.
« Votre générosité est notée. Mais sachez que cette institution ne se laisse pas influencer, même par une officière de votre envergure. » Elle pose son regard sur moi. « Ici la ponctualité est une prière et l’obéissance une vertu. Tes résultats seront scrutés de près. »
Je hoche maladroitement la tête.
« Ma nièce est issue d’une lignée d’officiers loyaux. Ses parents ont servi à bord de l’Etoile de l’Empereur. Je suis sûre qu’elle saura honorer ce leg. »
« Le nom des Solovayne porte en effet un certain prestige, mais ici chaque progena est jugé sur ses actes, non sur son sang. L’Imperium a besoin de soldats disciplinés, pas de rêves de gloire. Votre nièce devra apprendre l’humilité. »
Je comprends que je n’aurai pas de traitement de faveur ici. Tant mieux. Je ne veux pas de quoi que ce soit qui provienne de l’argent de ma tante ou du nom que nous partageons.
Ma tante reprend, une pointe de tristesse dans la voix. « Elle a déjà connu l’humilité. Elle a perdu ses parents au service de l’Empereur. Elle connait le prix de la loyauté. »
Perdu… En voila un bel euphémisme… Comme si mes parents étaient simplement égarés et que j’allais les retrouver au détour d’un couloir… Comme si ce n’était pas par sa faute que je les avais perdus !
Elles parlent encore de choses administratives, puis la magistra annonce :
« Je vous laisse vous dire au revoir. Ensuite, Dame Solovayne, le procurator vous ramènera à votre navette tandis que j’aurai une discussion avec Nova. »
Je n’ai rien à dire à ma tante mais ce n’est pas son cas.
« Nova, cette schola a formé des générations de serviteurs loyaux. Sois-en digne. Et fais honneur à tes parents. Ils te regardent de là où ils sont. Ecoute bien les instructores. Sois forte, apprend avec diligence et prie avec dévotion. Et si tu as un problème, envoie moi un message. Mais ne t’attend pas à ce que je couvre tes écarts. C’est compris ? »
Bien forcée, je hoche la tête et lâche un « Oui, ma tante. »
Soudainement prise d’émotion, les larmes aux yeux, elle me prend dans ses bras. Je suis trop surprise pour me débattre. Mais alors qu’elle fait mine de m’embrasser, elle me glisse :
« Ne parle jamais de l’oncle Elias. C’est un sujet… sensible… Personne ne doit savoir. »
Je suis étonnée par ses paroles. A vrai dire, moi-même je ne sais pas grand chose sur l’oncle Elias, mis à part que les domestiques parlent de malédiction et de sorcellerie. Je ne l’ai jamais rencontré, ou alors j’étais trop petite pour m’en souvenir. Il est mort quand j’avais 4 ans.
Elle me lâche, me tapote les épaules et se lève. Après avoir salué la magistra, elle s’en va.
Voila. Je suis seule désormais. Je n’ai plus de famille.
« Ta tante semble beaucoup t’aimer, » dit la magistra. Je me contente de hausser les épaules.
« C’est elle qui t’a sauvée, n’est-ce pas ? Avant l’explosion. »
« Elle a laissé mes parents mourir ! » Devant son froncement de sourcils, je m’empresse d’ajouter : « magistra. »
« J’ai lu le rapport. Il n’y a rien qu’elle aurait pu faire. Elle t’a sauvée. »
« Elle aurait pu les aider. J’aurais pu les aider aussi… J’aurais préféré rester avec eux… » Mes yeux tombent sur mes genoux.
Le ton de la magistra s’adoucit. « Tu as mal. Je compatis… Ici, tout le monde est passé par une épreuve similaire. Moi-même, j’ai été une progena. »
Je relève les yeux, surprise. Alors la magistra aussi a été une orpheline de guerre ? Ses traits sont durs, mais ses yeux me fixent avec bienveillance.
« Le temps, la prière et la camaderie aident à apaiser la douleur. Ici tu n’es plus une enfant, Nova, tu es une progena. Nous sommes tous au service de l’Empereur et il veille sur nos âmes. »
Chapitre 2 (Fin session 2 et session 3)
Alors que le procurator m’emmène vers mon dortoir, un garçon qui semble avoir mon âge me percute, faisant tomber ses lunettes et ses tablettes de données.
« Olala, pardon ! » s’excuse-t-il d’une voix gênée, tout en essayant de retrouver ses lunettes. Je me baisse pour l’aider.
« C’est rien. Je m’appelle Nova, et toi ? »
« Bram… Bram Tarkis… Désolé… »
Le procurator nous aide aussi et soupire, agacé.
« Progena Tarkis, quand apprendrez-vous à faire attention à ce qui vous entoure ? »
« P… Pardon, procurator ! »
Bram rassemble ses affaires et s’en va à la hâte. Le procurator secoue la tête.
« Tarkis est avec nous depuis ses trois ans, et c’est comme si nous ne lui avions rien appris… J’imagine que tous les progenas ne sont pas destinés à devenir de grands officiers ou des commissaires… Mais tout de même, il y a quelque chose de bizarre chez lui… »
De bizarre ? Voila qui attise ma curiosité. J’espère que j’aurai l’occasion d’en apprendre plus sur ce Bram…
Nous arrivons finalement au dortoir. Une grande pièce austère où se font face deux rangées de quatre lits. Je comprends que je n’aurai aucune intimité en ces murs…
La fille qui m’avait sauté dessus à mon arrivée est présente. Assise sur son lit, elle bondit sur ses pieds et vient à ma rencontre.
« Salut ! On va être ensemble cette année, c’est chouette non ? Au fait, je m’appelle Cornelia ! »
« Euh… Nova… Enchantée… »
« Progena Vaelis, je vais vous laisser montrer à notre nouvelle arrivante tout ce qu’elle a besoin de savoir, » dit le procurator. « Progena Solovayne, vos affaires ont déjà été transportées ici. Vous occuperez le lit numéro 8, proche de la fenêtre. »
« Juste à côté du mien ! » s’exclama Cornelia, a mon grand dam.
« Si vous avez des questions, n’hésitez pas à venir me voir. C’est moi qui organise la vie scolaire, je serai votre interlocuteur privilégié si vous avez besoin de quelque chose, » ajoute le procurator. « Sur ce, le devoir m’appelle. »
Je m’incline légèrement. « Merci, procurator. »
Il s’en va, me laissant seule avec Cornelia. Les autres progena avec qui je vais partager ce dortoir doivent être en train de vaquer à leurs occupations.
« Alors, » commence Cornelia, m’emmenant vers mon lit. « Tous les matins, le lit doit être fait au carré. Le linge sale doit être déposé dans ce panier, et chacune notre tour on doit tout nettoyer. Le linge et la piaule. Comme ce sera ta première fois, je t’ai mise en binôme avec moi. »
« On doit faire le ménage nous-mêmes ? » je demande, surprise. A la maison, ce sont les domestiques et les servitors qui s’en chargent.
« Oui ! C’est pour nous apprendre la discipline et la rigueur. D’ailleurs, ton uniforme a été déposé sur le lit. Va le mettre ! »
Je trouve en effet mon uniforme gris posé sur les draps gris. Visiblement ils aiment le gris dans cette schola. Cornelia a la décence de se tourner pendant que je l’enfile, un peu pudique. A 8 dans un seul dortoir, je pense que je vais devoir abandonner rapidement ma pudeur…
« Ca te va super bien ! » s’exclame-t-elle. « Surtout avec ton oeil augmentique, c’est la classe ! »
Je me renfrogne et porte la main à l’oeil que j’ai perdu. Elle semble comprendre qu’elle a touché un point sensible et n’insiste pas. Elle vient ajuster le col de mon uniforme.
« Là. Fais attention à être toujours tirée à quatre épingles, sinon les instructores vont te donner des punitions à faire… Bref, tu as ton uniforme, ton lit. Le coffre à vêtements est juste devant, mais ne t’attend pas à y retrouver tes vêtements de tous les jours, juste plusieurs changes d’uniforme, et aussi la tenue de sport, l’uniforme d’hiver, et la tenue de cérémonie. »
« Il fait froid ici, l’hiver ? »
« Oui, très ! Mais on doit quand même s’entraîner dehors, même sous la neige ! »
J’ai un léger sourire à cette idée. « Je n’ai jamais vu de neige en vrai. »
« Ah bon ? » demande-t-elle. « Tu viens d’une planète chaude ? »
« Non, pas spécialement. Mais il n’y a pas de neige dans les cités-ruches. »
« Oh, d’accord ! Mais tu avais déjà vu le soleil au moins ? »
« Euh oui, quand même… » Je réfléchis et réalise qu’elle a raison : beaucoup de gens dans les ruches n’ont jamais vu le soleil, ni même le ciel extérieur. J’ajoute : « Je viens des niveaux supérieurs, et puis j’ai beaucoup voyagé. »
Elle hoche la tête d’un air absent.
« Moi je ne sais pas d’où je viens. Ou alors on peut dire que je viens d’ici ! Ils m’ont trouvée bébé devant la schola, avec juste une gourmette à mon nom. »
Alors Cornelia n’a jamais connue ses parents… L’autre progena que j’ai croisé, Bram, le procurator a dit qu’il était là depuis ses 3 ans. Il n’a pas dû les connaître non plus… Ca me rend triste pour eux. J’ai tellement de bons souvenirs avec mes parents… Leurs visages m’apparaissent et des larmes coulent sur ma joue droite. Mon oeil augmentique ne peut pas pleurer mais il me picotte.
Cornelia me prend dans ses bras. Je la laisse faire.
« Oh non… Faut pas pleurer, Nova… Tu verras, tout va bien aller. On est une grande famille ici. La magistra dit tout le temps que les filles d’un dortoir sont des soeurs pour la vie. »
Je ne répond pas et je me laisse consoler. En fait, peut-être que j’ai trouvé ma première amie.
Je sèche finalement mes larmes. Cornelia me sourit.
« Au fait, tu as le droit d’avoir quelques affaires personnelles sur ta table de nuit. Peut-être une holopic de tes parents ? »
J’acquiesce et esquisse un sourire un peu mouillé. Elle reprend.
« Allez, viens ! Je vais te faire visiter la schola ! »
Chapitre 3 (sessions 4 et 5)
Je suis Cornelia qui débite un flot ininterrompu d’information. Nous sommes dans l’aile des dortoirs des filles. Les garçons sont dans l’aile totalement à l’autre bout du bâtiment. Nous passons devant de nombreux dortoirs et salles d’étude occupées par des filles allant de très très jeunes jouant avec des poupées, à presque adultes étudiant sur leurs tablettes de données. Certaines sont curieuses de me rencontrer. Je suis un peu timide. Je n’aime pas trop être le centre de l’attention, mais c’était inévitable en arrivant en cours d’année.
Nous quittons l’aile des filles pour arriver au bâtiment central.
« Ici c’est le réfectoire, » déclare Cornelia. Elle marque une pause, étudiant ma réaction.
Je suis bouche bée. Cette pièce est immense, on dirait presque une cathédrale ! Il n’y a d’ailleurs pas que sa taille qui est similaire. Partout sont visibles des représentations de saints et de l’Empereur-Dieu lui-même, sur des bas-reliefs, des statuettes, des vitraux. Le vitrail principal représente une femme en armure de Sororitas, blanche et dorée, terrassant de sa lance sacrée un démon. Je suppose qu’il s’agit de…
« Sainte Mira, » dit Cornelia, voyant mon regard sur le vitrail. « C’est elle qui donne son nom à notre schola. En fait c’est elle qui a libéré ce monde, il y a plusieurs siècles. Donc c’est littéralement grâce à elle si la schola existe. Il parait que la magistra fait partie du même ordre qu’elle. »
« Cette planète était corrompue ? »
« Oui ! Tu verras, on a souvent des sermons sur l’histoire de ce monde et de la schola. Il y avait des démons ici, ils ont asservi la population et les utilisaient dans leurs rituels malsains. Et même les space marines, les anges de l’Empereur, n’ont pas réussi à les vaincre ! Mais Sainte Mira a eu une vision de l’Empereur, prophétisant qu’elle reprendrait Aurelia Secundus. Elle a levé une croisade comme le secteur n’en avait jamais vu et elle a porté la lumière de l’Empereur en plein coeur du culte impie. Et non seulement elle a chassé les démons, mais en plus elle a purifié la terre de la souillure du Warp ! Elle l’a rendue fertile à nouveau et belle et verte. Et voila ! »
Je ne peux retenir un sifflement admiratif. Réussir là où les space marines ont échoué, Sainte Mira devait être une sacrée guerrière !
« Et là, » ajoute Cornelia, désignant un pupitre orné d’iconographies, de sceaux de pureté et de cierges logé dans une alcôve surplombant la salle, « c’est le lecternum. A chaque repas, un progena est désigné pour lire les textes religieux. Tu y passeras forcément à un moment. »
J’acquiesce, un peu intimidée à l’idée de parler devant tout le monde.
Nous reprenons ensuite notre chemin et Cornelia m’emmène au scriptorium. Là encore je suis épatée. Des rayonnages d’ouvrages épais, de rouleaux de parchemin, de tables de données se succèdent et grimpent jusqu’à un plafond si haut que je pense qu’il fait la taille du bâtiment entier. Une odeur d’huiles consacrées et des sceaux de pureté donnent une ambiance mystique au scriptorium, mais ici il n’y a pas de bougie. Pour éviter de brûler les précieux documents, seuls des lumens électriques éclairent la pièce.
Je ne peux m’empêcher de m’approcher des livres, fascinée par leur nombre. Je caresse la reliure de cuir et lis quelques titres : « Confessions de Sebastian Thor« , « La Croisade des mondes de Sabat, par le maître de guerre Macaroth« , « Les enquêtes de l’inquisiteur Maigret« , …
Un cliquetis me fait sursauter et me tire de ma rêverie. Près de moi s’approche une silhouette engoncée dans une cape d’un rouge profond. Elle se déplace avec fluidité, semblant flotter au dessus des dalles de marbre, mais je remarque avec stupéfaction qu’elle est en fait pourvue de sortes de pattes d’araignée mécaniques. Je réalise que la figure qui m’observe sous la capuche n’a rien d’humain ! Ce n’est qu’un amas de câbles, de tuyaux et de diodes. Une grilles vox tient lieu de bouche et un seul énorme optique me fixe de sa lueur verdâtre. Je suis paralysée.
« Mon apparence vous dérange, progena …? » demande une voix artificielle, métallique, ancienne et rouillée.
Je suis tellement choquée que je ne peux pas répondre. Mais Cornelia s’en charge pour moi.
« Ah, magos ! Veuillez excuser ma camarade, elle est nouvelle. »
Le magos me fixe de son oeil étrange et un grincement semblable à un rire s’échappe de sa grille vox.
« Votre nom, progena ? » demande-t-il. Sa voix monocorde ne reflète aucune émotion, mais je ne crois pas qu’il soit malveillant. Je me reprend.
« N… Nova Castella Solovayne… »
« L’unité est enregistrée sous l’identité de Nova Castella Solovayne, » reprend la voix métallique. « Je saurai m’en souvenir. »
Il tend la main vers moi. Une main encore humaine, mais à la peau tirée, comme agrandie sur un support. Impossible pour moi de déterminer son âge avec cette main étrange. Ce ne sont pas ses doigts qui me touchent, mais une sorte de dendrite mécanique qui sort de sa manche et vient effleurer mon augmentique.
« N’ayez pas peur, progena Solovayne, » dit-il. « Après tout, vous et moi sommes semblables. »
Un frisson me parcourt. Il finit par me lâcher, hoche légèrement la tête, puis s’en va en cliquetant. Je suis secouée.
« Ca va ? » me demande Cornelia d’un air inquiet. « Il n’est pas méchant, tu sais. C’est le magos Dominus Kryll. Enfin il y a un chiffre dans son nom mais j’ai oublié où. C’est notre instructor d’archéotechnologies. »
J’acquiesce, perdue dans mes pensées. J’ai déjà rencontré des membres du culte Mechanicus, mais jamais d’aussi près, et jamais aussi… inhumains… Sur les vaisseaux où travaillaient mes parents, il y avait des technoprêtres, des lexmechanics, des magos, logis, et je ne sais quel autre titres du clergé de Mars, mais je ne m’en suis jamais approchée. Ils m’ont toujours faire peur, avec leur allure plus machine qu’homme. Mêmes mes parents préféraient éviter d’avoir affaire à eux si possible. Ils ne sont pas comme nous, m’a dit mon père, et ils prient un dieu qui n’est pas tout à fait l’Empereur. Le fait que ce magos m’ait identifiée comme une de ses semblables à cause de mon oeil augmentique… Je ne sais pas quoi en penser. Mais ce qui est sûr, c’est que je vais redoubler d’ardeur lors de mes prières ce soir, de peur de faire des cauchemars…

